SAMEDI 6 NOVEMBRE 2010
de 14h00 à 19h00

dans le cadre du cycle
"Le monologue du plaisantin"

Animation : Régis MOULU

Comédienne présente :
Laurence LE DANTEC

Thème : Détourne-
ments tordus, inventions inattendues

Le détournement consiste à utiliser des éléments connus et partagés par tous pour en faire autre chose : on change ainsi leurs caractéristiques, leurs attributs, leurs fonctions, leurs notoriétés, etc…

Cela demande un peu de malice que chacun trouvera avec plaisir en lui, en sus d'une douce inventivité !!

Remarque : au-delà de la contrainte formelle (thème), le sujet suivant a été annoncé en début de séance : Inventer et exposer la vie cachée d'un super héros (appartenant à la BD ou à la grande histoire… à moins que ça ne soit une célébrité actuelle) en vous raccrochant à ce qu'on sait de lui, de notoriété publique !

Pour stimuler et renforcer l'écriture et les idées de chacun, un support a été distribué en sus du "syllabus" présentant les techniques de l'écriture théâtrale comique. Coolissime !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ci-après quelques textes produits durant la séance, notamment (dans l'ordre):

- "Le père Noël, cette ordure..." de Mélanie VERPILLEUX

- "Une soirée à Moulinsart" de Janine NOWAK

- "La vraie vie de la petite souris" de Christiane FAURIE

- "Zorro, un homme comme les autres ?" de Nadine CHEVALLIER

- "Appelez-moi Luke..." d'Angeline LAUNAY


Laurence LE DANTEC interprétant un texte tout chaud...
(coll. Janine NOWAK)


"Le père Noël, cette ordure..." de Mélanie VERPILLEUX

(Une maman, avec ses enfants qui écrivent leur lettre au père Noël).

Alors tu vois ma Charline, là, le N il faut le coller dans l'autre sens. Voilà ! Sinon ça fait Z. Et ça serait dommage que le père Noël il t'apporte un POUPOZ au lieu d'un POUPON, hein ! Surtout que ça veut rien dire ma chérie.

Bon, et Victor applique-toi s'il te plaît. Tu pourrais faire des phrases un peu plus construites que "Pour Noël, je veux ça" ! Je sais bien que t'es aussi doué que ton père pour les lettres mais quand même ! Allez, trouve-moi quelque chose d'un peu plus recherché, sinon le père Noël il ne va rien t'apporter mon chat.

Quoi ? Comment le père Noël n'existe pas ! ? Mais enfin, Victor, qui a été te raconter ces sottises ? (parlant plus bas, gênée) Dis pas ça devant ta petite soeur ! (se voulant convaincante) Mais bien sûr qu'il existe ! Hein, sinon qui c'est qui apporterait les cadeaux par la cheminée ?!

Je sais qu'on n'a pas de cheminée Victor ! Mais le père Noël il s'adapte, quand y a pas de cheminée, il passe par la fenêtre.

Oui ma puce, super ! Je pense que le père Noël il va être fier de toi !

Heu, Victor, t'as fait une faute à Xbox 360. Bon ben dommage, du coup tu dois choisir autre chose. Attends quoi, comment ça chui radine ?! Mais pas du tout, ça n'a rien à voir, je vois pas le rapport ! Attends, si à 6 ans tu fais pas au moins l'effort d'écrire correctement, je trouve tout à fait normal que le père Noël te sanctionne. Allez, choisis autre chose. Tiens des Playmobil par exemple. C'est bien ça les Playmobil. Et puis ça fera travailler ton imagination.

Oui je sais que tu as déjà eu des Playmobil, l'année dernière. Et l'année d'avant. Et alors ?! T'as qu'à commander le scaphandrier, tu l'as pas le scaphandrier. Ou alors le cosmonaute, tiens !

Bon écoute Victor, je te trouve bien exigeant quand même. Tu sais bien qu'on n'a pas une thune cette année. Heu, que le père Noël, il doit partager entre tous les enfants et que c'est la crise. Alors tu es gentil, tu vas lui commander des Playmobil et puis c'est tout ! Ou des Légo si tu préfères. Mais pas une console !

Attends, fais voir. Mais, mais c'est tout cochon cette lettre. Regarde-moi ça y a des gros pâtés partout ! Ha non c'est pas possible ça. Bon heu Victor, je suis au regret de t'annoncer que cette année Noël va te passer sous le nez. Oui. C'est comme ça, mon coco. Je te rappelle que ce n'est pas un dû.

Et arrête de piquer ta crise tout de suite, sinon l'année prochaine c'est la même chose !

Bon allez, mon coeur, calme-toi. Viens faire un câlin à ta mamounette. (D'une voix douce et attentionnée) Écoute mon chéri, c'est pas de ma faute, moi je ne fais que t'expliquer comment ça marche, tu sais. Faut pas croire, le père Noël sous ses airs de benêt, il est pas si facile, hein. Il est très susceptible. Alors une lettre mal écrite, il supporte pas. C'est comme un manque de respect, et alors là il peut se fâcher tout rouge ! Ben oui, que veux-tu que je te dise, personne n'est parfait, pas même le père Noël. Il est nerveux.

C'est ... c'est à cause de l'alcool. Ça lui joue sur les nerfs. C'est pour ça qu'il est rougeaud, c'est dû à l'excès d'alcool. Mais bon, on peut pas lui en vouloir. Faut dire qu'habiter au Pôle Nord avec pour seule compagnie la mère Noël, quatre rennes et trois lutins, c'est pas très réjouissant. Et puis il fait froid là-bas. L'alcool, ça réchauffe. En plus, il faut pas oublier qu'il est au chômage une bonne partie de l'année, alors il boit... pour oublier.

Bon, et Victor, fais vraiment attention à ne pas le froisser. Parce que son gros ventre, tu sais, c'est à cause des enfants pas sages.
Il les mange. Il les mange et après il vole leurs jouets, les met dans sa hotte et les distribue aux autres enfants.

En fait, pour tout te dire, il aime pas les enfants, le père Noël. C'est pour ça qu'il se débrouille toujours pour passer quand ils dorment, comme ça il a la paix. D'ailleurs, tu remarqueras qu'il a pas d'enfants. Il préfère la compagnie des animaux et des lutins.

Non franchement, Victor, moi à ta place, j'essaierais de pas me le mettre à dos. Tiens, tu devais pas ranger ta chambre au fait ? Et puis tu pourras sortir les poubelles aussi. Le père Noël adôôôre les enfants qui sortent les poubelles. Voilà. Merci Victor.

(A Charline, d'une voix attentionnée) Bon, alors ma poussinnette, montre-moi ton dessin. Bah, bah pourquoi tu pleures ma chérie ?

 

"Une soirée à Moulinsart" de Janine NOWAK

Non Madame ! Ce n'est pas la Boucherie Sanzot, Madame ! Au revoir, Madame ! Grrrrrrrr ! Nom d'une pipe, Nestor, j'en ai par-dessus la tête de ces coups de fil qui ne me sont pas destinés. A l'avenir, vous filtrerez les messages. Merci, Nestor, vous pouvez disposer.
Ah, Tryphon, vous voilà ! Je suis si content : Tintin doit nous rejoindre pour le dîner. Il est parvenu à se libérer et vient participer à notre petite soirée intime.
Mille milliards de mille sabords, Tryphon ! Mettez donc votre sonotone quand je vous parle, bougre d'ectoplasme !
Je disais que Tintin arriverait pour le dîner. Ah le cher ange, pour rien au monde il ne manquerait notre rencontre hebdomadaire. Est-il adorable…
Comment ? Oui, bien évidemment, les Dupond-Dupont seront aussi des nôtres. Je leur ai demandé d'apporter la tenue qu'ils avaient achetée en Grèce. Vous savez, la petite jupette blanche. Quant à Tintin, il a conservé le kilt avec lequel il déambulait dans " L'île Noire ". Il est charmant, là dedans le moussaillon, vous ne trouvez pas ? Oui, comme vous dites, Tryphon, ce sera très gai ! Et vous, Tryphon, que porterez-vous ? Vous avez fabriqué pour l'occasion une tunique en boules de cristal ? Mais ça risque d'être extrêmement fragile, tout ça ? Non ? Les boules de cristal seront en plastique transparent ? Ah, dans ce cas… Moi, j'hésite encore. Je pense toutefois opter pour le poncho dont on m'avait paré au " Temple du Soleil ". Sans oublier d'ajouter le ravissant bonnet en laine façon "intermittent du spectacle qui manifeste". Et puis, les jambes nues, bien sûr.
Qu'en pensez-vous, Tryphon ? Hé oui, en effet, nous aurons tous les mollets à l'air…
Allez, à tout à l'heure, Tryphon. Courrez vite vous faire beau.
Ah, les jambes de Tintin… il est si jeune… sa peau est si douce…
Il faudra penser à neutraliser Milou. Je dirai à Nestor de le bloquer à l'office. Il est jaloux, ce sale cabot et il risque de mordre quelqu'un.
Nestor !!! Nestor !!! Jamais là quand on a besoin de lui, ce moule à gaufres !
Ah, Nestor, mon ami, avez-vous pensé à préparer les chambres de nos invités ? Oui, celle avec le grand lit pour les deux policiers et la rose avec les rideaux en dentelle pour Tintin.
Comment, Nestor, le rose ne fait pas très viril ? Mais qui vous autorise à émettre un avis, Nestor ? D'accord, la chambre rose était celle de la Castafiore, mais grâce au ciel, elle chante de l'autre côté de la planète et j'espère qu'on ne la reverra pas de si tôt à Moulinsart…
Et puis vous avez dû comprendre, Nestor, que depuis quelques temps, bien des choses ont changé… Comment expliquer… Voilà : Tintin et moi, nous nous sommes découvert beaucoup de points communs, bien des affinités. Comme vous dites, Nestor : nous voici devenus complémentaires.
S'il vous plait, Nestor, n'ajoutez rien : je me passe de vos appréciations et commentaires.
Bon, parlons pratique. Vous dresserez le couvert dans le grand salon, près de la cheminée, à côté de la peau d'ours blanc.
Et ne soyez pas étonné : nous donnons une soirée costumée.
Je n'aime pas trop votre regard, Nestor. Il va falloir modifier votre comportement. Oui, j'ai bien précisé soirée costumée. D'ailleurs, vous-même, Nestor, vous serez déguisé en centurion romain, pour faire le service. Y trouvez-vous quelque chose à redire ? Occupez-vous donc du repas, et vite fait. Allez, rompez ! Ah, mais, espèce de bachi-bouzouk !
Qu'il est donc difficile d'avoir un personnel stylé !
Bon, ne flânons pas. Je n'ai que le temps de m'occuper des fleurs. Il faut que les chambres soient joliment décorées. Vite à la roseraie. Voilàààààààà. Une brassée de roses blanches pour les Dupond-Dupont et de roses roses, bien évidemment, pour ce cher Tintin. Parfait.
Comment, Nestor ? Le téléphone ? Qui est-ce ? Tintin !!!
Allo, Tintin ? Mais vous devriez être dans le train, à cette heure-ci !!! Quoi ??? Vous ne venez plus ??? Un contre temps ? Un visiteur imprévu vous retient à Paris ? Vous n'avez pas pu faire autrement ? Mais c'est au moins le Pape ! Que dites-vous ? Tchang ? C'est Tchang !!! Le jeune Tchang !!! Et il débarque comme ça de l'Himalaya, celui-là ?
Mais non, Tintin, je ne m'énerve pas, Tonnerre de Brest ! Je suis juste déçu, terriblement déçu. C'est cela, à bientôt Tintin.
Ah, le monstre. Sait-il comme il me fait souffrir ? Il préfère ce Tchang, ce freluquet…
Bon, la soirée est fichue. Heureusement, il me reste ma bonne vieille bouteille de rhum…


"La vraie vie de la petite souris" de Christiane FAURIE


Ah, ce qu'il a fallu en faire avaler des couleuvres à tous ces mioches, j'vous jure ! Ce ne fut pas une sinécure !
Aujourd'hui, je suis au rebut et ce n'est pas trop tôt. Je passe la main. dernière tournée. Mais j'ai assuré la relève. Vous connaissez notre ardeur reproductive ? Eh bien, j'peux assurer tous les chantiers de la capitale aujourd'hui.
Tout ce boulot pour quoi au juste ?
J'vous dis pas ! J'ai du aménager mon intérieur rien que pour ça. Des kilos de dents, ça n'se range pas sous l'armoire ni derrière une porte.
Vous n'pouvez pas imaginer c'que ça représente !
Et moi qui suis une grosse dormeuse, j'ai du mettre le réveil chaque nuit à sonner à minuit tapante !
Faut quand même émerger en plein sommeil, été comme hiver sans réveiller les p'tits et partir au bout du monde.
Pas de RER à cette heure là. Tu dois te dépatouiller toute seule. Moi, des fois j'ai eu la trouille pendant le trajet. Y a de quoi te hérisser le poil et friser la crise cardiaque !
Faut pas compter sur l'autostop. On a mauvaise presse chez les humains. Et pourtant ils sont bien contents de nous trouver pour faire le sale boulot. Une fois arrivée à bon port, tu crois que les parents vont t'avoir préparé le terrain, mais que dalle ! Tu cherches pendant des heures la bonne chambre.
T'as rarement la chance de tomber sur celle des petits. Il faut te payer les ronflements du père à te fissurer la trompe d'eustache Les odeurs, je t'en parle même pas ? Pire que des bêtes !
Et la mère en nuisette affriolante (pas toujours beau à voir) qui marche à tâtons jusqu'aux toilettes. Une fois, il a manqué un poil pour qu'elle fasse de moi une carpette !
D'ailleurs, il s'rait bien temps que je fasse un régime pour réduire les risques !
Bon, une fois les parents derrière toi, tu pries pour que la bonne chambre ne soit pas en mezzanine, et bien bingo ! C'est au deuxième étage !
J'suis crevée moi, c'est plus de mon âge, je frise l'apoplexie.
Bon maintenant, faut se glisser sous l'oreiller ; fait chaud la dessous ! Mince, une molaire. C'est que c'est lourd ça ! Aucun respect pour mon grand âge. Mais c'est pas vrai !Ils ont rien mis sous l'oreiller, quels radins ! En plus, faut que j'allonge les biftons.
C'est quoi déjà le tarif syndical ? Faut que je cherche dans mes fiches. Parce que ça dépend du quartier, du niveau de vie, des habitudes familiales… un vrai casse-tête ! De quoi y perdre son latin.
Ca me revient cher cette affaire.
Heureusement, j'ai mon business, je recycle l'ivoire.
Les petites boutiques près de la chapelle, c'est moi. Le chapelet de mamie, c'est moi. La statue de la vierge, moi aussi.
Ca se vend bien !
Mais là, j'passe la main aux enfants. Y a de l'avenir !
Tant que ces idiots d'humains entretiendront le mythe, j'aurai du turbin.
En ce moment, c'est la crise. Le cours est au plus bas. Faut exporter vers le tiers monde, c'est tout. Pas de panique, on est les rois de la dent !
Pas beaucoup de souris à Paris, trop aseptisé.
Des rats, oui, mais ils font un autre commerce, pas toujours licite, mais c'est pas mes oignons.
Maintenant, moi, j'suis à la retraite, j'l'ai bien méritée.
J'ai tout le temps de faire ma lettre au Père Noël. Que diriez-vous d'une tenue léopard pour les fêtes ? C'est sûr, ça les retournerait les matous à leurs mémères !


"Zorro, un homme comme les autres ?" de Nadine CHEVALLIER


Eh, vous saviez, vous, qu'on venait de retrouver la biographie de Don Diego de la Vega ?... C'est qui ? Mais si ! Vous le connaissez ! Don Diego !... Zorro quoi !
La vie de Zorro, écrite par Bernardo... Mais si, Bernardo ! Rappelez-vous : le sourd-muet qui faisait le sourd mais ne l'était pas... mais muet pour sur, il l'était... muet... C'est même pour ça qu'il écrivait ... Et c'est comme ça qu'il a écrit la vie de son patron Don Diego de la Vega.
Pourquoi croyez-vous que ce Don Diego avait choisi un serviteur muet ? Hein ? Pourquoi ?...
Eh ! Il avait des choses à cacher ! Un muet, ça ne risque pas de blablater sur ce qu'il voit... ou entend... surtout s'il joue au sourd, n'est-ce pas ?
Mais il n'était pas aveugle, le Bernardo, il a tout écrit et on les a retrouvés, ces écrits. Tout finit toujours par se savoir !
Le Zorro, là, il paraît qu'il entendait des voix qui lui disait de sauver la veuve et l'orphelin. Entendre des voix pour un sourd, c'est fort, non ? Comment ? C'est pas Zorro qui était sourd ?... Ah, oui ! Je confonds, c'est Bernardo... qui n'était pas sourd non plus en fait... mais faisait comme si...
La vie n'est pas simple !
En tous cas, le Zorro, il entendait des voix, c'est pour ça qu'il est parti en guerre pour libérer la Nouvelle Orléans... Il a failli y mourir, brûlé vif d'ailleurs ! C'est Bernardo qui l'a sauvé de justesse des griffes de ces cochons d'Anglais.
Une autre fois, avec son cheval - à propos de cheval, il s'appelait pas du tout Tornado, le cheval de Zorro, ça c'est la légende, Bernardo le dit, il s'appelait Rossinante, c'est moins prestigieux comme nom de cheval mais c'est comme ça -.
Eh bien Zorro sur son cheval, il est parti en guerre contre des moulins à vent, il les prenait pour des ennemis du roi d'Espagne. Heureusement, ses trois amis sont venus à la rescousse... Ah ! Vous l'ignoriez ? Si, si, il avait trois fidèles compagnons, Zorro ! Personne ne le savait car ils étaient encore plus muets que Bernardo, ils disaient qu'ils ne savaient qu'une chose : "se taire"...
D'ailleurs, on les appelait les trois "nous-que-s'taire".
Ah, non ! La vie n'est pas simple, surtout celle de Zorro.
Saviez-vous par exemple qu'entre deux batailles, il passait tout son temps libre au café, avec le Sergent Garcia et deux amis à lui, Césario et Panisso. Boire de la tequila et jouer à la belote, voilà l'un des secrets de sa force à Zorro ! Et peut-être aussi des voix qu'il entendait...
Bon, ce qu'il faut savoir en définitive, c'est que Zorro, ben, c'était un gars comme tout le monde ... On en a tous des choses à cacher non ?
Si vous voulez vraiment tout savoir, vous n'aurez qu'à lire le bouquin. Demandez-le à votre libraire : "Les confessions d'un renard solitaire".


"Appelez-moi Luke..." d'Angeline LAUNAY

La paix soit avec tes mocassins Lucky… D'ailleurs, je n'sais pas s'il faut t'appeler "Lucky" ou "Luke", ça n'a jamais été précisé… Lucky, ça fait "rodéo" et Luke, c'est plus romanesque, mais question romanesque, il vaut mieux retourner à l'étable ! C'est vrai quoi, t'es un peu comme Tintin… Pas de petite amie à l'horizon, pas de petite femme à la maison, pas de Lily-va-que-j'-t'attends, lovée dans un sofa au saloon… Luke-le-rangé-des-chariots ou Luke-le-tombeur-de-ces-dames, ça s'saurait !
Non, t'es plutôt Lucky-la-Malice, Lucky-le-Pince-sans-rire-ni-pleurer, Lucky-le- Glabre, souple comme un chewing-gum, rapide comme un cheval sauvage… Tel Jamie Bond, tu n'as qu'une motivation : ton devoir !
Dans l'genre " je-perds-pas-l'nord ", on fait pas mieux… Toujours à débarquer là où il faut, à laisser traîner une oreille là où il faut pas, à sauter sur sa monture sans jamais rater la selle ! Ah, " Jumping Josaphat " ! Il est joli le Jumper ! Il répond au coup de sifflet. Il dit jamais rien mais il en pense pas moins… C'est que le maître, c'est pas lui, le Jolly. C'est que son maître, il traverse la scène, imperturbable, se faufile partout comme son ombre, imprévisible, sa Lucky Strike au coin des lèvres. Au fait, ce s'rait pas des Lucky Strike qu'il n'a plus le droit de fumer ? - Tu parles qu'il s'en fout ! Il en a rien à fumer ! Il manquerait plus que les villes-fantômes soient placardées d'avis du style : " défense de faire de la pub ", " défense de s'esclaffer ", " défense de tricher ", " défense de trimballer son whisky "… On en passe…
"Bienvenue à Tortilla Gulch - sa prison, son tribunal, son cimetière" - C'est que là-bas, ils s'coltinent de ces noms : Tom Tibia, Côtelette Murphy ou Escalope Waldo. Après ça, on s'étonne d'avoir l'appétit coupé ! Et encore, j'ai même pas nommé les Dalton Brothers… O Brothers ! C'est que c'est pas marrant de jouer de la castagne sur des cailloux en maillots Sonia Rykiel… On préfère éviter… On préfèrerait passer sa cambriole au comptoir à vider des p'tits verres pour irriguer les voies jubilatoires…
Les mousquetaires du Far West, c'est qui ?... La terreur de ceux qui en ont ou pas dans le carafon, c'est encore qui ?... - Pas étonnant que ce brave Ran-Ran-Pataplan les adore… Qui s'ressemble… Mais faut pas croire qu'ils y mettent pas du leur ! Ah ils en veulent ! C'est pour ça que Lucky, il a quand même du fil à retordre… Il passe son temps à leur courir après… Il passe son temps à courir… Il passe son temps… Mais il ne passera pas, Luke… Un brin romantique finalement… Peut-être le cœur enrubanné dans l'écharpe étoilée… à moins d'une certaine nostalgie en bandoulière… Ouaip !... Un p'tit pincement à la pensée des pionniers du Klondike, décimés par les rages de dents, à force de mordre la poussière, et à cause de l'hiver.
Ah, dame Calamity ! Vous arpentez le plancher des vaches avec une telle fougue ! Vous auriez l'air décatie ou même idiot que ça s'rait pas du luxe… 'Faudrait pas vous prendre pour c'que vous êtes pas ! A part que, questions bonnes manières, 'vaudrait mieux pas chercher à vous donner des leçons de maintien, vu qu'un baisemain peut occasionner un coup de poing dans la figure !
Mais l'jeunot, il vous épate, hein ?... avec son mégot-mine-de-rien… Toujours frais comme un " glaçon-qui-fond-pas ", toujours impec sur ses ergots, toujours cool, même à côté d'un tonneau de dynamite. La dégaine… sur son mustang blancheur Persil ! De près ou de loin, qu'est-ce qu'il dégage… L'air altier, il chemine son chemin, le colt aux dents, la fleur à la ceinture - à moins que ça n'soit le contraire - l'œil rivé quelque part au-dedans de lui-même - à moins que ça n'soit ailleurs -… Tu arrives ou tu t'en vas ? - J'ai pas bien saisi - Je m'demande comment il fait, le joli Jumper, pour ne pas en avoir marre. Quoique… Il y a de beaux couchers de soleil, de vertes prairies et de non moins vertes vallées, bordées de rochers escarpés… un spectacle à couper le souffle !
Et toi, le solitaire, sûr de toi, la mèche rebelle, le stetson fixé sur un front lisse d'où s'échappent sans doute quelques réflexions sur la morale du plus fort… Ouaip ! C'est moi, Luck'Luke, " le plus sauvage d'entre tous " ! " Ah mon Dieu, que c'était triste " quand la locomotive a déraillé… " Les femmes et les enfants pleuraient. "
Tu parles d'une plaine !... Jolly Jumper, t'en as pas marre ? - C'est que j'ai pas voix au chapitre, moi, " c'est toi l'chef, c'est toi qui dis quand on y va "…
- " Alors on y va ".

Les textes présentés ci-dessus sont sous la responsabilité de leur auteur. Ils sont quasiment le fruit brut qui a été cueilli en fin de séance... sans filet !
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